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<<audio clavier play>>
Il est deux heures, et pas une ligne. Il est deux heures, et tu fatigues. Il est deux heures, et tu t'endors. Tu n'as même plus la force de le déplorer. L'écran sur lequel tes yeux s'abîment depuis des semaines n'affiche que ton reflet, terne comme une page blanche. Tu as honte. Même tes pensées manquent d'inspiration. Et croire qu'il y aurait quelque chose à tirer de cette vieille bête, de cet esprit fatigué, autrefois vivace et encombrant, aujourd'hui morne et mou. Médiocre, mon vieux, c'est tout ce que tu es, et l'indolence te poursuit jusqu'à deux heures après minuit. C'est le même manège dans ta caboche qui tourne en boucle, encore et encore. Tes synapses s'effilochent. Il est deux heures, et pas une ligne.
[[Et dire qu'on t'avait laissé une chance...]]
"Oui allo ?
- Salut Pierre, comment vas-tu ?
- Très bien merci. Que me vaut le plaisir ?
- Allez s'il-te-plaît, ne me rend pas la tâche plus difficile qu'elle ne l'est déjà, tu sais très bien pourquoi je t'appelle.
-...
- Bon. Puisqu'il faut en passer par là. T'as rien écrit depuis des lustres, et ton contrat expire dans deux mois. J'ai eu Jean-Pierre au téléphone, et il est d'accord pour te filer une rallonge, mettons quatre mois. Donc tu te débrouilles comme tu veux mais dans six mois on veut quelque chose à publier. Tu bosses sur quoi en ce moment ?
- Hum...ben tu sais, j'ai des trucs par-ci par-là.
Ça fait un moment que je voulais faire quelque chose sur la vie de <<textbox "$auteur1" "" "Ultimatum">>
<em><small>Cliquez sur Entrez</small></em>
<<audio sonnerie stop>>
<<audio sonnerie play>>
//Huit mois plus tôt//
Merde. À coup sûr, c'est encore Franck. Ça valait bien la peine de manquer se faire une cheville en dévalant les escaliers. Bon, il faudrait peut-être que je le prenne, ce coup de fil.
[[Je décroche le téléphone.]]
[[Je laisse sonner, il rappellera si c'est important.]]
<<cacheaudio "sonnerie" "musique/ringtone.mp3">>
<<cacheaudio "sleep" "musique/jazz.mp3">>
<<cacheaudio "slap" "musique/slap.mp3">>
<<cacheaudio "knock" "musique/knock.mp3">>
<<cacheaudio "salsa" "musique/salsa.mp3">>
<<cacheaudio "james" "musique/james.mp3">>
<<cacheaudio "windmills" "musique/windmills.mp3">>
<<cacheaudio "clavier" "musique/clavier.mp3">>
<<if ndef $deaths>>
<<set $deaths to 0>>
<</if>>
<<audio sonnerie fadeout>>
Bon où en étais-je déjà ? Ce n'est pas croyable ces gens qui vous harcèlent quand vous devisez tranquillement de la vie et de la mort, sans emmerder personne...Ça remue un souvenir, mais lequel déjà ? Ah oui je crois que je tiens quelque chose[[...]]
<<audio sonnerie fadein>>
Je n'ai pas le temps de remonter le fil de ma penséee, qu'un bruit pressant me hérisse l'échine. C'est encore ce satané portable. Cette fois-ci, j'ai bien peur de devoir céder aux sirènes du devoir...
[[Avec un profond soupir, je prends l'appel ->Je décroche le téléphone.]] "Mais tu sais que j'aime prendre mon temps. J'ai besoin de faire mes recherches, de me replonger dans son oeuvre, ce que je fais, mais ça prend le temps que ça prend. Flaubert pouvait buter plusieurs jours sur une seule phrase, tu sais...
- Mais Stendhal a écrit La Chartreuse de Parme en un mois.
- Il l'a dicté en cinquante-deux jours, et c'est pas du Flaubert...
- Bon de toute façon on te demande pas de faire du Flaubert, on te demande de faire du Pierre Blandin ! Quoi qu'il arrive, ton contrat expire dans six mois ; alors soit tu accouches de quelque chose de lisible, soit tu peux commencer à chercher un éditeur qui voudra bien d'un Flaubert éternellement en puissance."
[[Merde.]]
Il est deux heures, donc. Et je suis en train de me rendre à l'évidence - je vais devoir changer de métier. Est-il possible de perdre son génie ? Pas de le laisser s'oxyder, comme un Woody Allen ou un Bob Dylan, mais bien de le perdre, à perpétuelle demeure ? N'ai-je donc vraiment plus rien à dire ? Et mon Goncourt qui traîne dans une armoire, à défaut de cheminée...Mais qu'est-ce qu'ils veulent que je fasse, pour raviver la flamme ? Peut-être faudrait-il que je prenne le large. Ça doit être l'atmosphère qui fane la muse. Voilà, c'est ça, je vais me trouver une petite résidence quiete, quelque part en Bretagne, ou dans le sud de l'Angleterre !
[[Mais qu'est-ce que tu racontes ?]]C'est pas en fuyant que tu vas trouver l'inspiration...ni en allant prendre un verre, d'ailleurs ! Ressaisis-toi mon vieux ! T'as passé la quarantaine, mais t'es pas foutu pour autant. T'as quand même vécu, connu l'amitié, le délaissement. T'as goûté à tout, vécu l'ivresse, tu t'es perdu dans ta solitude et retrouvé dans tes bouquins. T'as été veule parfois, mais t'as osé l'amour, oui c'est ça tu as aimé. Toi, tu l'as vu Syracuse, t'as pris la mer, et la tempête aussi. Tu as vu quelqu'un naître ! Et quelqu'un mourir...et tu veux écrire un bouquin sur <<print "$auteur1">>!
J'essaie de me concentrer de nouveau. Je dois bien avoir quelque chose de neuf, d'insoupçonné à dire. Allez vieille guenille, [[tu vas y arriver !]]<<audio sleep play>>
<<timedcontinue 10s>>\
Rien.
<<timedcontinue 5s>>\
[[Rien de rien.]]
Me voilà de nouveau assis à mon bureau. Je suis en sueur, et j'ai renversé mon verre sur mes cuisse.
Je regarde autour de moi. Pas de Bukowski, pas de Sofía, pas de Matthieu ni d'assistance respiratoire.
Rien que moi et ma page blanche.
Et cette phrase qui me hante...
"Tu dois mourir quelques fois avant de pouvoir commencer à vivre."
[[Je la google.]]
<<if $deaths gte 0>>
Si vous avez déjà gagné et souhaitez refaire le jeu, cliquez <<click "ici">>
<<forget $deaths>>
<</click>>
<</if>>
<strong><big>Pour commencer, ou si vous avez fait game-over, c'est par [[là->Il est deux heures]]</big></strong>
[[Tracking Deaths]]
Deaths: $deaths[[Il est deux heures et pas une ligne.->Début]]
<<if $deaths gte 0>>
[[Voilà que je radote...mais où en étais-je déjà ?->"Pour commencer à vivre, il faut mourir quelques fois."]]
<</if>>
<<if $deaths gte 2>><strong><big>
[[Tu dois mourir quelques fois avant de pouvoir vraiment vivre...->FIN]] </big></strong>
<</if>>J'ai beau me creuser la tête à coup de burin, rien n'y fait. Je ferme les yeux, j'essaie de faire le tour de mon esprit. Comme c'est vite fait, je tourne beaucoup.
Finalement, ce mouvement se révèle centripète, et plus je pense, plus ma perception, elle se rétécie. Petit à petit, la bibliothèque disparaît sous mes yeux. D'abord les bibelots, et puis les bouquins, par ordre alaphabétique. Bientôt je n'ai conscience que du bureau sur lequel je pense, pense, penche...Le verre dans ma main, devient de plus en plus lourd, les glaçons se transforment en glacier, le whiskey en topaze.
Ma tête aussi s'alourdit, et mes bras deviennent vite un délicat coussin ouaté, prêt à avaler ce qu'il reste de mes rêves de succès dans l'abîme. Le temps sombre dans l'oubli.
[[Tout s'évanouit.]]"Hey.
Hey ! Peter !!!"
J'ouvre un oeil. Il y a une main sur mon épaule. Je tourne la tête, et au bout de cette main, un nez m'apparaît. Derrière ce nez, un visage. Familier.
"What are you doing here ?
La voix, dure comme un cul-de-bouteille, vive et monotone à la fois, nasale et solitaire efface toute hésitation. J'ouvre l'autre oeil, et me tourne. Là, dans mon bureau, vêtu d'une affreuse chemise citron se tient - tant bien que mal - Charles Bukowski ; il ne me laisse pas le temps de revenir à moi.
"Mais qu'est-ce que tu fous ? Un écrivain qui n'écrit pas, c'est un porte-plume, rien d'autre".
[[- Laisse-moi dormir]]
[[- Vas de faire foutre Charles]]"Ah mais tu crois que tu vas t'en tirer comme ça ? Tu crois que j'écourte provisoirement mes petites vacances pour te regarder lambiner Pierre ? Je vais t'en donner des siestes tu vas voir ! Connard, tu crois que moi j'ai pas envie de dormir quand je te lis ? Une phrase c'est pas blablabla c'est taktaktaktaktak ! Je sais pas qui sont les Jean-Foutres qui t'ont donné tous ces prix mais crois bien que pour moi, ça vaut rien. Vas-y, continue à t'apitoyer sur ton sort, je te regarde."
Et le voilà qui s'assied sur le bord du bureau. Il me regarde avec mépris, et plonge son haleine dans mes narines. Il est un peu tard, étant donné qu'il s'est tu depuis quelques secondes déjà, mais quand même, pour la forme, je lui balance :
[["Ta gueule, Buko !"->- Vas de faire foutre Charles]]"Ah, that's the spirit ! Un peu de hargne. Tu sais qu'en fait, il te manquerait pas tant que ça pour écrire quelque chose qu'on ait envie de lire autrement que pour combattre les insomnies.
- Ah oui ? Et toi tu saurais quoi ? Je lui dis avec un air de défi, pour pas perdre la face. Faut dire qu'il en impose le bonhomme, avec ces six pieds deux pouces, ses quatre-vingt-dix kilos et ses trois grammes.
- Allez mon petit Pierre, réflechis deux minutes, tu dois bien avoir une idée.
- Justement, pas tellement. C'est bien ce qui manque.
- T'as pas essayé assez fort alors.
- Je fais que ça, essayer. Mais t'as raison, faudrait peut-être que j'arrête de chercher et que je m'y mette. Ça m'enchante pas, mais je dois bien pouvoir faire quelque chose sur <<print "$auteur1">>.
- Te fous pas de ma gueule. Tu te fais vieux, et à en juger par ta descente, t'auras pas trente-six essais pour faire un ersatz de chef-d'oeuvre.
- Tu peux parler, t'as vu ton pif ? "
[[Putain Charles ça fait mal !]]
<<audio slap play>>
La torgnole a fusé. Il a encore du bagout dans les avant-bras, le Charlot, je sens toutes ses années de manutention me chatouiller les molaires. Je suis tellement groggy, que je n'ai d'autres choix que [[d'écouter sa litanie.]]
"Quoi encore ?
- C'est tout ? Je ne sais pas trop pourquoi je pose la question. C'est pas le genre à faire des Post-Scriptum, Buko.
- Ah oui. J'allais oublier."
Et le voilà qui fait demi-tour, prend un stylo dans la poche de sa chemise, et griffone une phrase sur mon bureau, sans autre forme de procès.
[["Pour commencer à vivre, il faut mourir quelques fois."]]
Je lève les yeux. La pièce est vide.
<<audio sleep fadeout>>
"Alors écoute. Je suis venu pour te filer un coup de main d'accord ? (Le choix douteux de l'expression n'échappera sans doute pas aux lecteurs les plus attentifs). Alors tu vas la fermer cinq minutes, et tu vas m'écouter. T'es veinard, je suis pas rancunier, alors je vais quand même te donner un aperçu de ce que j'avais prévu pour toi. Je vais te donner une chance que peu d'autres ont reçu, j'espère que tu sauras quoi en faire.
Je te donne l'opportunité de trouver l'inspiration, pas dans l'obscure portrait d'un type que tu connais ni en noir ni en blanc, mais dans ta propre vie, aussi fadasse et inconsistante qu'elle puisse être. Je te renvoie dans un souvenir que t'as vécu sans y faire gaffe. Essaie de pas passer à travers cette fois."
Sans attendre, il me tapote l'épaule, finit son verre, prend la poudre d'escampette, par la porte, comme le spectre bien élevé qu'il est.
[["Charles !"]]
[[J'ai 27 ans->27 ans]]
[[J'ai 12 ans->12 ans]]
[[J'ai 44 ans->44 ans]]
Je regarde la porte se fermer derrière Bukowski. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits après ce qu'il vient d'advenir. Mes maxillaires brûlent encore. J'essaie de les frotter doucement de ma main gauche. Ça soulage.
Je ferme les yeux quelques secondes.
Les rouvre.
<<timedcontinue 4s>>\
Quelle n'est pas ma surprise quand je découvre un environnement totalement étranger à celui de mon bureau. Je regarde autour de moi.
[[Tout semble vrai, comme dans un rêve.]]Je regarde la porte se fermer derrière Bukowski. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits après ce qu'il vient d'advenir. Mes maxillaires brûlent encore. J'essaie de les frotter doucement de ma main gauche. Ça soulage.
Je ferme les yeux quelques secondes.
Les rouvre.
<<timedcontinue 4s>>\
Quelle n'est pas ma surprise quand je découvre un environnement totalement étranger à celui de mon bureau. Je regarde autour de moi.
[[Tout semble vrai, comme dans un rêve.->12anssuite]]La mémoire met longtemps à me revenir. Je suis dans des toilettes, mais lesquelles ? En face de moi, un miroir. Je n'ai pas tellement changé tout compte fait. Soudain, la pièce commence à tourner autour de moi. Je me demande si ce n'est pas un nouveau tour du vieux, mais non, rien ne se passe. Un rire benoît m'échappe quand je comprends : je suis gris ; le verre posé sur les commodités le confirme.
Peu à peu, le souvenir de l'évènement me revient. C'était il y a une vingtaine d'années. Il y avait cette fille, Sofía, dont j'étais fou amoureux à l'époque, et qui me trainait sans arrêt dans ces espèces d'orgies qu'elle appelait //rumbas//. Ah oui, je devrais peut-être mentionné qu'elle était colombienne. La fête en question se déroule chez une amie à elle, à Calí.
[[Des coups vigoureux retentissent sur la porte.]]<<audio knock play>>
"Pedro, qu'est-ce que tu fous là-dedans ? Ça fait des heures que je te cherche !"
C'est elle.
Je me souviens. Demain, elle me dira qu'elle m'aimait bien, que ce fut un beau voyage, mais que c'est terminé. En réalité, même à l'époque, je savais que ça allait arriver.
[["J'arrive !".]]
<<audio salsa fadein>>
Je pousse la porte. La musique me saute aux oreilles, puissante au point de faire saturer les amplis. Au sons se joignent les odeurs de rhum, de safran et de sueur. Les gens dansent et le sol de la vieille bâtisse en tremble. Je fais un pas, et ma semelle se décolle difficilement du sol.
Merde, j'ai oublié mon verre aux toilettes.
Sofía me prend la main, et me conduit vers la piste de danse. Elle est de ces gens, qui, apathiques et amorphes le jour, révèlent une vitalité mordante à la nuit tombé. Sa poigne ferme et assurée me mène au centre de la marée humaine. Elle se tourne vers moi, [[et je vois enfin son visage.]]À la vue de ses hautes pomettes, de son trop petit nez et de ses yeux vainqueurs, le train de mes pensées se confond avec celui qui traversait mon esprit à ce moment là. La cigarette qu'elle tient dans sa main droite à cet instant, elle a coutume de l'appeler son sixième doigt.
D'un coup, j'ai de nouveau vingt-sept ans. Je suis de nouveau un jeune écrivain fougueux et talentueux. Et surtout, je suis de nouveau amoureux.
Je danse avec elle, chancelant. Je ne pense qu'à ses lèvres que je ne baiserai plus, à sa voix que je n'entendrai plus, à ses yeux, que je verrai toujours.
Sans que je ne puisse rien y faire, le mouvement de la foule nous sépare. Il faut que je la rattrape, sans trop montrer mon obsession, elle déteste ça. Mais plus j'essaie, plus la marée m'éloigne.
Je ne parviens pas à la retrouver, dans cette forêt de visage. Enfin, entre deux danseurs, je l'aperçois.
[[Elle n'est pas seule.]]Je n'en peux plus. Je veux qu'elle revienne. Je ne la comprends pas, ne voit-elle pas que je l'aime ? J'essaie de me frayer un chemin vers elle - rien n'y fait. Tout se déroule exactement comme dans mon souvenir.
Tout se déroule exactement comme dans mon souvenir.
Tout se déroule exactement comme dans mon souvenir.
[[Tout se déroule exactement comme dans mon souvenir.]]Mais oui. Tout se déroule //exactement// comme dans mon souvenir. Je ne peux rien y faire. Et déjà aujourd'hui, ou hier, enfin je ne me le rappelle plus, je sais. Je sais que cette idylle est vouée à échouer. Qu'elle me fait du mal, et que je lui fais très peu de bien. Je regarde autour de moi. Ces corps qui exultent, ces effluves, et cette musique, si forte...
Je n'ai même pas envie d'être là.
Je la vois en face, qui se dirige péniblement vers moi.
Comme dans mon souvenir, [[Je tourne les talons.]]<<audio salsa fadeout>>
Mais cette fois-ci, je ne suis pas en colère. Je ne suis pas triste.
[[Je renonce.]]<<set $deaths += 1>><<remember $deaths>>\
Game over. Cliquez sur Restart pour recommencer. Ça me revient d'un coup. Ma petite chambre d'enfant représente l'ensemble de l'univers connu à cette période. J'ai douze ans dans ce souvenir.
Entre tous, il a fallu qu'il choisisse celui-là.
[[Bordel]]Une quinte de toux violente arrête ma pensée. La douleur est intolérable, elle efface tout. Je ne perçois plus que la sensation de brûlure qui déchire ma poitrine, qui la réduit en charpie à chaque éclat. J'ai des orties dans les poumons, des ronces dans les bronches. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer que ça saigne à l'intérieur. Je déteste mon corps, dans toutes ces fibres, qui ne cesse de tousser. Si c'est une torture, je veux bien tout avouer, les crimes que j'ai pensé, ceux que je n'ai pas encore commis, et ceux des autres...
[[Mais mon inquisition à moi n'est qu'une vulgaire pneumonie.]]C'est drôle, la pneumonie, avant ça, j'avais toujours cru que c'était une chimère, une abstraction fantaisiste inventée pour faire peur aux enfants.
Ben tiens.
En plus de ça, l'énorme machine qu'on a fait porter dans ma chambre, pour pallier la détresse respiratoire. Si au moins je pouvais trouver un réconfort dans le souffle doux du sirrocco, ou dans les cris des autres enfants qui jouent dehors. Et ce soleil.
Mais non, aucune autre brise que l'haleine mécanique de la respiration assistée, et son vrombissement goguenard.
[[La toux me reprend, implacable.]]
Bordel ! Mais quand est-ce que ça va s'arrêter ? Chaque nuit, j'attends que le sommeil m'apporte une accalmie, une trêve, un répit...
Mais le réveil s'accompagne toujours de désillusion, et je trouve mon état pire qu'il ne l'était avant.
La facilité avec laquelle on oublie à quel point la souffrance peut être impitoyable ne cessera jamais de m'étonner. Cette fonction naturelle du cerveau, qui, sans doute, seule nous permet de continuer à bien vouloir vivre le reste de notre vie, nous pousse à omettre à quel point vivre -- simplement vivre -- peut-être dur, parfois.
Car sur le moment, on oublie pas la douleur ; [[on s'y accroche.]]On s'y accroche avec entrain, avec ténacité, on s'en plaint mais on ne fait rien pour l'oublier. On s'obstine à la combattre, et, ce faisant, on lui fait son nid dans notre esprit. On lui amménage une attention constante par devers l'espoir de s'en débarrasser.
Voilà ce qui se déroule dans mon esprit en revivant ce souvenir. Car, contrairement à hier, aujourd'hui je sais que la douleur dispraîtra. Non pas de manière rationnelle, mais de manière empirique, parce que je l'ai vécu. Je m'accroche à cette pensée, qui soulage les maux qui traversent mes poumons.
[[Une fissure au plafond retient mon attention.]]Je me dis que c'est cliché de me concentrer là-dessus. J'ai l'impression de mettre en scène ma propre misère. Ceci dit, je n'ai pas trop le choix. La douleur est trop forte pour lire, écrire ou même bouger.
Alors cette fissure, je m'y accroche.
Non pas comme la métaphore hasardeuse de l'ouverture sur le monde dans la chambre du prisonnier. Ni comme celle de la rupture, de la maladie qui met un corps sain en danger. Non, je l'observe simplement parce qu'elle est, et que son existence, à elle-même, me satisfait. Peut-être parce qu'elle paraît si simple, malgré toutes les forces qui s'appliquent sur elle de part en part. Elle siège là, ligne pure, innoncente et tremblante au milieu de la tectonique du plafond.
Et comme elle, je cède.
[[Je m'abandonne.]]<<set $deaths += 1>><<remember $deaths>>\
Game over. Cliquez sur Restart pour recommencer. Je regarde la porte se fermer derrière Bukowski. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits après ce qu'il vient d'advenir. Mes maxillaires brûlent encore. J'essaie de les frotter doucement de ma main gauche. Ça soulage.
Je ferme les yeux quelques secondes.
Les rouvre.
<<timedcontinue 4s>>\
Quelle n'est pas ma surprise quand je découvre un environnement totalement étranger à celui de mon bureau. Je regarde autour de moi.
[[Tout semble vrai, comme dans un rêve.->44anssuite]]<<audio james fadein>>C'est drôle. Je m'attendais à être renvoyé plus loin. Mon souvenir date en fait de trois jours. Je suis assis à la terrasse d'un café, place Sathonay. Il y fait chaud, pour la saison, mais les branches vides des platanes qui encadrent le square ne laissent aucun doute planer sur le fait que nous sommes en plein hiver. Qu'importe. Je suis bien, l'anse de mon expresso entre mes doigts, bien que reposant sur la table, une cigarette dans l'autre. C'est drôle, ça me rappelle cette fille, Sofía.
Une légère bise rafraîchit mon côté droit, tandis qu'à gauche l'un de ces radiateurs qui peuplent à présent bon nombre de troquets réchauffe mon épaule. La chaleur semble porter avec elle la musique venant de l'intérieur.
"Pierre ? Ça te dérangerait de lire un truc à moi,
[[et de me dire ce que t'en penses ?"]]
La surprise me tire de ma rêverie. Mes yeux, qui fixaient le vague, font la mise au point sur mon neveu.
"Tu écris toi ?
- Ben j'essaie. Sois pas trop dur, c'est qu'une ébauche...
- Je te le prends, je te dis ça plus tard ?
- C'est court tu sais, il n'y a que quelques nouvelles, tu peux en lire une ou deux ici et me donner ton avis. J'ai tout mon temps. Enfin, sauf si toi, t'es pressé !
- Non non, c'est bon. Tiens, si tu veux le journal, en attendant.
- Volontiers."
J'attrape la liasse de papier, tenue par un trombone, [[et commence à lire.]]"Alors, qu'est-ce que t'en penses ?
- Bon écoute, c'est pas mal du tout. J'ai eu le temps de lire que les deux premières, mais il y a de l'idée. Par contre, si je peux me permettre, la chute de la première est un peu facile. On s'en doute dés le moment où sa femme le prend à partie dans la cuisine. Pourquoi elle ferait ça si c'était pas elle qui avait tout monté ? Bon, mais sinon, c'est bien. Après, je pense que tu pourrais retravailler le style aussi. C'est un peu simpliste des fois, surtout au niveau des dialogues. Parfois, je suis désolé de te dire ça, mais ça peut sonner un peu roman de gare. Et c'est pas parce que tu pose un mot compliqué par-ci par-là que ça devient du Giono. Et puis les noms des personnages..Rose ? Sérieusement, tu connais quelqu'un qui s'appelle comme ça ? Et puis bon les locutions anglicisante, à l'écrit tu peux pas faire ça. Pareil pour le name-dropping, les arguments d'autorité, ça va bien pour une dissert au lycée, mais pas pour une nouvelle à vocation artistique. Dans la deuxième aussi, il y a un paradoxe. Tu peux pas lui faire dire que..."
[[Aïe. J'y suis peut-être allé un peu fort.]]Il a les yeux qui brillent, le petit. Pourtant j'ai mis de l'eau dans mon vin. Mais enfin, il faut bien qu'il aprenne, non ?
"Désolé, Pierre, il faut que j'y aille, qu'il dit d'une voix tremblante.". Je vois qu'il essaie de prendre sur lui. Ça ne marche pas tellement.
"Allons Matthieu, faut pas le prendre comme ça ! Je t'ai dit que dans l'ensemble, c'était bon, et en plus j'ai même pas lu les autres...
- T'inquiète pas, t'as eu raison. C'est juste que je dois bouger. Tu peux garder la copie".
[[Il m'embrasse, et prend le large.]]<<audio james fadeout>>
Merde. Je paye l'addition et rentre chez moi.
Le souvenir commence à durer, j'en viens presqu'à croire que je vais devoir revivre les trois jours qui me séparent de Buko, de Franck et du présent.
Je ne sais pas trop comment m'occuper en attendant. Malgré tout mes efforts, je ne parviens pas à me rappeler ce que j'ai fait ce soir là. J'erre quelque minutes dans l'appartement. Je voudrais mettre de la musique, mais quoi ? J'allume la radio, l'éteint. J'ouvre le placard pour me servir un verre. Je ne sais pas non plus quoi boire, alors je bois un whiskey. Je vais m'assoir à mon bureau, peut-être que ça me ramènera dans le présent.
J'attends un peu. Je fais tourner ma chaise dans le sens des aiguilles d'une montre, et les glaçons à l'intérieur de mon verre, dans l'autre.
La pièce passe une fois, deux fois, puis sept, vingt, trente fois devant mes yeux. [[J'ai le tournis.]]<<audio windmills play>>Ça me rappelle cette chanson, de Michel Legrand, //The Windmills of Your Mind//, dont j'ai toujours préféré la version de Noel Harrison, en anglais, que je commence à chantonner.
<<timedcontinue 12s>>\
Je ne sais trop pourquoi, mais ce morceau m'a toujours plongé dans une indicible nostalgie, mêlant l'admiration dont m'emplit la beauté de la mélodie, et la tristesse que transmettent les paroles. C'est un peu comme ne pas croire en Dieu.
<<timedcontinue 4s>>\
Ça me ramène des années en arrière, quand j'ai présenté naïvement mes premiers textes à mon prof de français de l'époque, que j'aimais bien. Il avait trouvé des millions de choses à redire. Après ça, je l'ai trouvé stupide.
<<timedcontinue 4s>>\
[[J'aperçois le recueil de Matthieu, que j'avais posé sur le bureau en rentrant.]]
Quand je le repose après une petite heure, je sais. Je sais sans avoir à regarder un miroir que je suis hâve comme la queue d'une hermine. Ce que le gosse a écrit, il l'a écrit avec ses tripes, et c'est bien meilleur que tout ce que j'ai écrit depuis des décennies. En fait, c'est peut-être meilleur que tout ce que j'ai jamais écrit.
Au fond, c'est pas si grave. Je reprends le texte et entreprends de le relire avec tout ce qu'il m'apporte de frustration. Je le relis, et je l'apprécie.
[[Je l'accueille.]]<<set $deaths += 1>><<remember $deaths>>\
Game over. Cliquez sur Restart pour recommencer.
<<audio windmills fadeout>>
Double-cliquez sur ce passage pour le modifier.Double-cliquez sur ce passage pour le modifier."You have to die a few times before you can really live"...
C'est dans un poême de Bukowski, "Breakfast".
Je ne me rappelle pas l'avoir lu, mais j'ai probablement dû lire cette citation quelque part.
Et dire que ce n'était qu'un rêve.
Encore en nage et fourbu de ce sommeil étrange, je sens un baîllement poindre...
[[Aïe]]Je peine à croire ce que je viens de ressentir.
Je porte la main ma mâchoire, pour vérifier...
Là, à l'endroit exact au Bukowski a exercé sa force posthume, une douleur violente se présente.
Je souris, malgré la douleur, [[et commence à écrire...]]
<<audio clavier play>>I<<timedcontinue 10ms>>l<<timedcontinue 20ms>> e<<timedcontinue 30ms>>s<<timedcontinue 40ms>>t<<timedcontinue 50ms>> d<<timedcontinue 60ms>>e<<timedcontinue 70ms>>u<<timedcontinue 80ms>>x<<timedcontinue 90ms>> h<<timedcontinue 100ms>>e<<timedcontinue 110ms>>u<<timedcontinue 120ms>>r<<timedcontinue 130ms>>e<<timedcontinue 140ms>>s<<timedcontinue 150ms>>,<<timedcontinue 160ms>> e<<timedcontinue 170ms>>t<<timedcontinue 180ms>> p<<timedcontinue 190ms>>a<<timedcontinue 200ms>>s<<timedcontinue 210ms>> u<<timedcontinue 220ms>>n<<timedcontinue 230ms>>e<<timedcontinue 240ms>> l<<timedcontinue 250ms>>i<<timedcontinue 260ms>>g<<timedcontinue 270ms>>n<<timedcontinue 280ms>>e<<timedcontinue 290ms>>.<<timedcontinue 300ms>>
<<timedcontinue 4s>>FIN
<<audio clavier play>>